Aide à domicile : "Encore plus utile qu'avant"

Aide à domicile : "Encore plus utile qu'avant"
« Depuis l’entrée dans le confinement le 17 mars, tout a changé dans le portage ».

Emmanuelle Dubarry est l’un des six agents du CIAS du Seignanx à poursuivre le portage de repas* à quelques 150 bénéficiaires du territoire. 

Dans ce « tout a changé », il y a les mesures de sécurité avec un objectif principal, préserver les personnes âgées.

Désormais, les agents s’équipent de gants, masques et charlottes pour aller charger les repas à la SCIC L’Eole qui les prépare. De la même manière, les agents s’équipent pour aller livrer chez les bénéficiaires. Et depuis le 18 mars, les repas sont déposés devant la porte du domicile, dans une glacière ou un sac. L’agent sonne et recule pour attendre que la personne vienne récupérer son repas. C’est ce qui a profondément changé, chez toutes les personnes valides, les agents ne rentrent plus au domicile.

« Hyperfrustrant » commente Emmanuelle, qui a l’impression de ne plus faire son métier tout entier. Elle raconte qu’au début, c’était juste un petit bonjour échangé de loin avant de repartir, s’étant assurée quand même que tout allait bien. Et puis « avec le temps, les gens ont de plus en plus besoin de parler de la situation ». Besoin de contact et de lien social aussi. Même sans rentrer, les agents de portage restent des repères et des vigies aussi. Certaines personnes se laissent aller. Emmanuelle dit encore cet homme qu’elle sentait négliger sa toilette. Un petit mot gentil pour lui faire remarquer et le lendemain le monsieur, fraichement rasé et cheveux propres : « Vous me trouvez beau aujourd’hui ? ». Une petite victoire sur l’isolement.

Souvent, il est demandé à ces agents reconnus « rayons de soleil » par les bénéficiaires et leurs familles, reconnaissantes de la poursuite du service,  de sortir la poubelle ou de déposer le courrier. Encore un petit supplément d’âme.

Une petite douzaine de bénéficiaires, alités ou en fauteuil, ne peuvent pas se déplacer jusqu’à la porte du domicile. Alors les agents du CIAS redoublent de précautions (masque, gants, charlotte, sur-chaussures) et rentrent déposer le repas dans le réfrigérateur. Juste un bonjour et puis s’en va. Et une alerte éventuellement transmise à la direction du CIAS en cas de repas non consommés ou un comportement inquiétant de la personne.

Dans certains cas, des interventions d’aide au repas ont été reprises pour ces personnes très vulnérables.

Après la tournée, retour à la Communauté, nettoyage intégral des caissons réfrigérés et désinfection de la cabine du fourgon. Et un petit moment, juste un plus nécessaire qu’à l’habitude, pour décharger le stress avec la collègue de l’autre tournée.

« Dur », conclut Emmanuelle, « de se sentir potentiel vecteur du virus, toujours peur de contaminer un bénéficiaire » car le risque est bien évidemment dans ce sens, les bénéficiaires étant le plus souvent très confinés, sans autre contact avec l’extérieur que les agents du CIAS et les acteurs de soins. Et puis « dur » de ne plus pouvoir conserver la même qualité d’échange. « Les bénéficiaires ont bien compris que c’était pour les protéger et nous, nous savons aussi que ce que nous faisons, dans des conditions strictes de sécurité, est essentiel pour que ces personnes puissent se nourrir ».

Au sens littéral du terme, un service de toute première nécessité.

 

*Deux tournées sont réalisées du lundi au samedi par deux agents, dans deux voitures, une pour  Tarnos et une sur les autres communes du Seignanx

 

Les interventions des aides à domicile ont été réduites aux actes indispensables de l’aide au lever, au coucher, à la toilette, au repas. Des interventions qui durent entre 30 et 45 mn, parfois trois fois par jour, et des gestes difficilement compatibles avec la distanciation. Il convient donc de redoubler de vigilance.

Amandine Duclos s’occupe toujours des mêmes cinq personnes, dans un roulement avec deux autres agents. Tous sont équipés pour désinfecter leur voiture (siège, volant, boite de vitesse). En arrivant chez le bénéficiaire, le protocole est rigoureux : blouse, masque, sur-chaussures, gants, nettoyage des mains avec du gel hydroalcoolique. Et plus de bises ni d’accolades.

Au début, les personnes âgées répétant « je ne suis pas malade », ont eu du mal à comprendre toutes ces précautions. Il a fallu expliquer que c’est pour les protéger. « Je prends le temps » dit Amandine. « Je sais que dans la période, qui signifie davantage d’isolement pour les personnes que je vois, ma présence est encore plus importante qu’avant ».

Comme ses collègues, elle redoute le virus, pas forcément pour elle mais parce qu’elle ne voudrait surtout pas contaminer une personne âgée. Cependant, malgré l’inquiétude, jamais elle n‘a imaginé ne pas accomplir sa mission. « Pas le moment de les abandonner ». Amandine a choisi d’être auxiliaire de vie, elle « adore son métier » qu’elle pratique depuis cinq ans au CIAS du Seignanx. Dans la période, elle peut avoir aussi à faire quelques courses, qu’elle prendra le soin de désinfecter et de ranger au domicile de la personne âgée. Et quand elle a fini sa journée, elle a besoin, encore un peu plus qu’avant, de faire le récapitulatif de la journée à la collègue qui prendra la relève le lendemain. Alimenter le lien privilégié avec les bénéficiaires « deux fois plus reconnaissants qu’avant » et garder aussi le contact avec les autres. Elle se dit fière de se sentir utile et heureuse d’être reconnue « rayon de soleil » pour des personnes âgées qui le plus souvent, ne voient plus qu’elle dans la journée.